{"id":663,"date":"2009-09-25T14:45:21","date_gmt":"2009-09-25T12:45:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.do-as-i-say.com\/notes\/?p=663"},"modified":"2012-12-02T13:59:52","modified_gmt":"2012-12-02T11:59:52","slug":"si-a-50-ans-tas-pas-ecoute-du-mahler","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.do-as-i-say.com\/notes\/2009\/09\/si-a-50-ans-tas-pas-ecoute-du-mahler\/","title":{"rendered":"Si \u00e0 50 ans t&rsquo;as pas \u00e9cout\u00e9 du Mahler, t&rsquo;as rat\u00e9 ta vie"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-686\" style=\"border: 1px solid black;\" title=\"Mahler en pleine action\" src=\"http:\/\/www.do-as-i-say.com\/notes\/wp-content\/uploads\/mahler.jpg\" alt=\"Mahler en pleine action\" width=\"128\" height=\"128\" \/><\/p>\n<p>Une fois n&rsquo;est pas coutume, on ne parlera ici ni de <a href=\"\/notes\/2009\/08\/framework-symfony-explique-a-ma-maman-1\/\">fr\u00e8meouorque<\/a>, ni de design pattern, ni de champ lexical. L&rsquo;un de mes nombreux vices, au-del\u00e0 de la bi\u00e8re, des tournures improbables et de l&rsquo;aff\u00e8terie syntaxique, consiste en un rapport visc\u00e9ral avec musique.<\/p>\n<p>Pas uniquement classique, mais pour aujourd&rsquo;hui, \u00e7a sera le sujet \u2014 encore que je doute de parler d&rsquo;\u00e9lectro ou de minimale allemande sur ces pages un jour, mais bon, on ne sait jamais.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Comme j&rsquo;aime bien aussi, outre l&rsquo;aff\u00e8terie, les sentences d\u00e9finitives, voil\u00e0 ce par quoi je vais commencer : dans l&rsquo;histoire de la musique classique (rien que \u00e7a), il y a trois gars qui font l&rsquo;entr\u00e9e, le plat de r\u00e9sistance et le dessert, ce sont respectivement Bach, Mozart, et Mahler. La m\u00e9taphore culinaire \u00e9tant un peu molle comme de la gel\u00e9e, disons plut\u00f4t qu&rsquo;ils font l&rsquo;aube, la journ\u00e9e et le cr\u00e9puscule \u2014 tout de suite \u00e7a claque bien mieux<sup>[<a href=\"https:\/\/www.do-as-i-say.com\/notes\/2009\/09\/si-a-50-ans-tas-pas-ecoute-du-mahler\/#footnote_0_663\" id=\"identifier_0_663\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Je ne r\u00e9pondrai \u00e0 aucune r\u00e9plique \u00e0  mon propre troll ; bien \u00e9videmment il y a Vivaldi, Haydn, Beethoven, Schubert&#8230;, je sais, je sais, \u00e7a n&rsquo;est pas la question. Je veux ici porter le d\u00e9bat sur le terrain du sens de l&rsquo;Histoire, les amis, ouais, pas moins. Genre la n\u00e9cessit\u00e9 interne voire dialectique (tadaaaam) des \u00e9volutions de l&rsquo;harmonie et tout \u00e7a. Alors on fait moins les malins, hein ? Par ailleurs, merci de m&rsquo;\u00e9pargner le baroque, le moderne ou le contemporain, j&rsquo;ai pr\u00e9cis\u00e9 \u00e0 dessein \u00ab\u00a0musique classique\u00a0\u00bb, dans laquelle j&rsquo;inclus ce qu&rsquo;on nomme parfois la p\u00e9riode \u00ab\u00a0romantique\u00a0\u00bb du XIX\u00e8me. \">1<\/a>]<\/sup>.<\/p>\n<p>Je ne vous ferai pas aujourd&rsquo;hui de chapitre sur Bach ou Mozart, ce que vous aurez compris vu le titre. Disons pour faire <span style=\"text-decoration: line-through;\">extr\u00eamement<\/span> atrocement sch\u00e9matique que le premier est la charni\u00e8re entre le baroque et le classique, qui s&rsquo;articule d&rsquo;un point de vue (un poil) technique autour de l&rsquo;av\u00e8nement du <em>temp\u00e9rament \u00e9gal<\/em>, que le second d\u00e9ploie en r\u00e9alisant la synth\u00e8se du galant et du savant, comme on dit \u2014 synth\u00e8se qui, comme de juste en dialectique, d\u00e9passe les deux. Et puis bien s\u00fbr, pour parler quand m\u00eame d&rsquo;un \u00e9pisode interne pas inint\u00e9ressant, il y a Beethoven, qui en torturant maladroitement un style assez h\u00e9ro\u00efque, nettoie la place pour le romantisme qu&rsquo;il porte un peu comme un alien en lui (je suis content de pas \u00eatre prof de musico, soudain). Ainsi que d&rsquo;autres grands malades au XIX\u00e8me si\u00e8cle, malheureux (Schubert), fous (Schumman) ou m\u00e9galos (Wagner), qui entament une r\u00e9elle sape de l&rsquo;\u00e9difice classique.<\/p>\n<p>Et au bout de tout \u00e7a il y a Gustav Mahler<sup>[<a href=\"https:\/\/www.do-as-i-say.com\/notes\/2009\/09\/si-a-50-ans-tas-pas-ecoute-du-mahler\/#footnote_1_663\" id=\"identifier_1_663\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Les plus perspicaces d&rsquo;entre vous auront remarqu\u00e9 que dans les gugusses cit\u00e9s il n&rsquo;y a que des allemands\/autrichiens\/prussiens&#8230; Y a pas \u00e0 dire, l&rsquo;histoire culturelle occidentale se passe beaucoup par l\u00e0, faut bien le reconna\u00eetre.\">2<\/a>]<\/sup>. Pour tenter une analogie qui ne jettera pas forc\u00e9ment beaucoup plus de clart\u00e9 mais que j&rsquo;aime bien, disons que Mahler est \u00e0 la musique classique ce qu&rsquo;Heidegger est \u00e0 la philosophie moderne<sup>[<a href=\"https:\/\/www.do-as-i-say.com\/notes\/2009\/09\/si-a-50-ans-tas-pas-ecoute-du-mahler\/#footnote_2_663\" id=\"identifier_2_663\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Ah oui, un de mes autres vices est d&rsquo;avoir un peu lu Heidegger dans le texte, m\u00eame si c&rsquo;\u00e9tait laborieux, et si par ailleurs \u00e7a ne s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre d&rsquo;aucune utilit\u00e9 dans la vie courante.\">3<\/a>]<\/sup> : une d\u00e9construction par l&rsquo;int\u00e9rieur apr\u00e8s laquelle, du point de vue historique, il faut faire autre chose.<\/p>\n<h2>La fin de la musique<\/h2>\n<p>Bien s\u00fbr, l&rsquo;Histoire \u00e7a ne marche pas comme \u00e7a, et il y a toujours des gens qui continuent \u00e0 faire de la philosophie comme du temps de Descartes ou Spinoza (en pire, par exemple des individus dont le nom commence par Comte et se termine par Sponville).<br \/>\nDe m\u00eame il y a toujours des gens qui continuent \u00e0 faire de la musique comme du temps de Mozart (en pire, par exemple des individus dont le nom commence par Andr\u00e9 et se termine par Rieu), comme il y a et y aura toujours des peintres du dimanche faisant des natures mortes ou immortalisant leurs chatons.<br \/>\nQui plus est, les \u00ab\u00a0tournants\u00a0\u00bb de l&rsquo;Histoire dont je parle ne sont en fait pas des moments univoques et homog\u00e8nes, et ils engendrent des cons\u00e9quences multiples et s\u00e8ment dans diff\u00e9rentes directions. Il serait assez na\u00eff de dire qu&rsquo;apr\u00e8s Heidegger il n&rsquo;y a plus de probl\u00e8me de l&rsquo;\u00eatre, ou qu&rsquo;apr\u00e8s Mahler il n&rsquo;y a plus de tonalit\u00e9.<\/p>\n<p>Toujours est-il que Mahler est l&rsquo;<strong>aboutissement de la musique classique<\/strong>, autrement dit ce en quoi il fallait qu&rsquo;elle se r\u00e9solve, et en quoi elle dit son <em>dernier mot<\/em>. Au sens h\u00e9g\u00e9lien, c&rsquo;est la fin (la <em>finalit\u00e9<\/em>, quoi) de l&rsquo;Histoire<sup>[<a href=\"https:\/\/www.do-as-i-say.com\/notes\/2009\/09\/si-a-50-ans-tas-pas-ecoute-du-mahler\/#footnote_3_663\" id=\"identifier_3_663\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Si certains universitaires moyennement talentueux n&rsquo;avaient pas dans les ann\u00e9es 1990 r\u00e9p\u00e9t\u00e9 Hegel, enfin si surtout les \u00ab\u00a0journalistes\u00a0\u00bb avaient une vision de la culture qui commence avant 1950, l&rsquo;expression \u00ab\u00a0fin de l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb aurait ici moins de relents de propos de comptoir, mais qu&rsquo;est-ce que vous voulez ma bonne dame&#8230;\">4<\/a>]<\/sup>.<br \/>\nSymptomatique en est le fait d&rsquo;une musique quasi-exclusivement destin\u00e9e \u00e0 l&rsquo;orchestre accompagn\u00e9 de voix, dans une tension vers une formation \u00e9puisant l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 des instruments possibles.<br \/>\nSymptomatique \u00e9galement sa premi\u00e8re cons\u00e9quence,  l&rsquo;utilisation de la <em>symphonie<\/em>, genre englobant dont la forme se disloque (le nombre de mouvements montant jusqu&rsquo;\u00e0 6) et le format explose (jusqu&rsquo;\u00e0 200 musiciens)&#8230;<\/p>\n<p>Mais Mahler n&rsquo;est pas un simple Berlioz, et le gigantisme finit par \u00eatre anecdotique, sp\u00e9cialement dans les derni\u00e8res \u0153uvres. Sans faire d&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se d\u00e9taill\u00e9e, on ne peut nier un c\u00f4t\u00e9 souvent excessif, tr\u00e8s beethov\u00e9nien ou wagn\u00e9rien, dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 des symphonies (et la huiti\u00e8me bien entendu). On comprend sans mal l&rsquo;accueil fait par nos d\u00e9licates oreilles fran\u00e7aises au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, et le jugement sans appel de Debussy sur la 2\u00e8me symphonie ( \u00ab\u00a0<em>Le go\u00fbt fran\u00e7ais n\u2019admettra jamais ces g\u00e9ants pneumatiques \u00e0 d\u2019autre honneur que de servir de r\u00e9clame \u00e0 Bibendum<\/em>\u00a0\u00bb ).<br \/>\nLe jeune Mahler, qui comme tout le monde est aussi le fils de son temps, commence par tomber dans la pr\u00e9tention post-romantique de la musique \u00e0 programme. Mais plus il r\u00e9alise son acte, i.e. plus il avance dans son ex\u00e9cution (pas plus il en prend conscience, car il en prend forc\u00e9ment peu conscience), plus tous les \u00e9l\u00e9ments de la d\u00e9construction s&rsquo;affinent et se solidifient.<\/p>\n<h2>L&rsquo;implosion de la m\u00e9lodie et de la tonalit\u00e9<\/h2>\n<p>En premier lieu, un <strong>coup port\u00e9 \u00e0 la m\u00e9lodie<\/strong>, qui ach\u00e8ve \u2014 au sens o\u00f9 on ach\u00e8ve un mourant \u2014 le mouvement lanc\u00e9 par Mozart. Plus rien de galant dans ces th\u00e8mes \u00e0 plusieurs t\u00eates, ces intervalles qui d\u00e9passent l&rsquo;octave, ces brusques sauts harmoniques \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition. Et pourtant, l&rsquo;ensemble est toujours fluide, l&rsquo;orchestration r\u00e9\u00e9quilibrant syst\u00e9matiquement les cassures.<\/p>\n<p>On a dit \u00e7a et l\u00e0 que Mahler est le premier compositeur de musique de film.\u00a0 Si \u00e7a n&rsquo;est pas forc\u00e9ment pour lui faire un compliment, et si on n&rsquo;a pas \u00e0 l&rsquo;esprit que l&rsquo;Adagietto de la 5\u00e8me utilis\u00e9 par Visconti, il faut reconna\u00eetre qu&rsquo;il utilise l&rsquo;orchestre sur un mode pictural o\u00f9 les th\u00e8mes sont le plus souvent partag\u00e9s et noy\u00e9s dans plusieurs couches de la formation : soit dans un oc\u00e9an de cordes, soit dans une foule h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne qui fait plus penser \u00e0 un march\u00e9 populaire qu&rsquo;\u00e0 un parterre d&rsquo;op\u00e9ra. Et c&rsquo;est aussi une dimension de la transformation de la m\u00e9lodie, qui quitte parfois compl\u00e8tement la ligne claire d&rsquo;un ou plusieurs instruments pour se trouver dans la respiration macroscopique de plusieurs minutes d&rsquo;affil\u00e9e o\u00f9 l&rsquo;on ne trouve parfois que quelques notes.<\/p>\n<p>La fin de la 9\u00e8me symphonie en est l&rsquo;illustration parfaite :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.do-as-i-say.com\/notes\/wp-content\/uploads\/Mahler-9-a.png\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-762 aligncenter\" style=\"border: 1px solid black;\" title=\"Dernier mouvement de la 9\u00e8me Mahler \u2013 1\" src=\"http:\/\/www.do-as-i-say.com\/notes\/wp-content\/uploads\/Mahler-9-a.png\" alt=\"Dernier mouvement de la 9\u00e8me Mahler \u2013 1\" width=\"609\" height=\"232\" srcset=\"https:\/\/www.do-as-i-say.com\/notes\/wp-content\/uploads\/Mahler-9-a.png 1015w, https:\/\/www.do-as-i-say.com\/notes\/wp-content\/uploads\/Mahler-9-a-300x114.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 609px) 100vw, 609px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Jugez donc. Une fin qui dure plus de quatre minutes au bas mot (les deux derni\u00e8res lignes ins\u00e9r\u00e9es ici en prennent presque deux). Un decrescendo qui emm\u00e8ne jusqu&rsquo;\u00e0 pianissississimo (quatre <em>p<\/em>, quoi), o\u00f9 seules les cordes \u00e9changent, de mani\u00e8re de plus en plus espac\u00e9e, quatre notes (fa, sol, la b\u00e9mol, si b\u00e9mol). La respiration ralentit. Il ne reste plus qu&rsquo;un fa en suspension.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.do-as-i-say.com\/notes\/wp-content\/uploads\/Mahler-9-b.png\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-763 aligncenter\" style=\"border: 1px solid black;\" title=\"Dernier mouvement de la 9\u00e8me Mahler \u2013 2\" src=\"http:\/\/www.do-as-i-say.com\/notes\/wp-content\/uploads\/Mahler-9-b.png\" alt=\"Dernier mouvement de la 9\u00e8me Mahler \u2013 2\" width=\"590\" height=\"188\" srcset=\"https:\/\/www.do-as-i-say.com\/notes\/wp-content\/uploads\/Mahler-9-b.png 983w, https:\/\/www.do-as-i-say.com\/notes\/wp-content\/uploads\/Mahler-9-b-300x95.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Et une seule indication, \u00ab\u00a0<em>Ersterbend<\/em>\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0En mourant\u00a0\u00bb. Difficile de symboliser plus litt\u00e9ralement la fin de la musique classique, m\u00eame si le final du <em>Chant de la Terre<\/em> peut \u00e9galement \u00eatre vu comme jouant ce r\u00f4le, pour d&rsquo;autres raisons, \u00e0 commencer par les paroles.<\/p>\n<p>En second lieu, l&rsquo;un n&rsquo;allant pas sans l&rsquo;autre, on assiste chez Mahler \u00e0 l&rsquo;<strong>\u00e9rosion de la tonalit\u00e9<\/strong>. D\u00e8s ses premi\u00e8res \u0153uvres, les dissonances s&rsquo;installent et ne sont pas r\u00e9solues ou filent vers une autre dissonance, et la tonalit\u00e9 au sens o\u00f9 on l&rsquo;entend dans la musique classique s&rsquo;estompe. Non qu&rsquo;il soit le premier, du simple point de vue de la datation, \u00e0 changer fr\u00e9quemment de tonalit\u00e9 ou \u00e0 flirter avec l&rsquo;atonalit\u00e9 (car on peut d\u00e9j\u00e0 se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 Lizst), il n&rsquo;est peut-\u00eatre m\u00eame pas celui qui va le plus loin, mais ainsi va l&rsquo;Histoire.<br \/>\nIl met en revanche sur partition exactement l&rsquo;expression de la fa\u00e7on dont le classique \u00e9puise ses possibilit\u00e9s modales et doit se transformer en autre chose, avec une n\u00e9cessit\u00e9 qui exsude \u00e0 chaque mesure, \u00e0 la fois trop \u00e0 l&rsquo;\u00e9troit donc poussant vers une mue, et dans le m\u00eame temps exactement \u00e0 l&rsquo;aise et \u00e0 sa place, dans une sorte de r\u00e9conciliation des tensions, comme apr\u00e8s une bataille psychique qui serait enfin termin\u00e9e.<\/p>\n<p>Osons une (superbe) formule :<strong> Mahler, c&rsquo;est Beethoven apr\u00e8s th\u00e9rapie.<\/strong> Plus besoin de taper 30 fois dominante\/tonique en fin de mouvement (ok, Mahler fait \u00e7a aussi dans la 3\u00e8me, qui n&rsquo;est pas la plus fine). Plus besoin de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 une tonalit\u00e9 ou \u00e0 ses relatives, elles sont toutes l\u00e0. Pour en revenir \u00e0 la 9\u00e8me, notons qu&rsquo;elle commence en r\u00e9 majeur, et finit en r\u00e9 b\u00e9mol majeur, dans une sorte de glissement de terrain imperceptible qui transforme la couleur d&rsquo;ensemble.<br \/>\nMais \u00e0 la diff\u00e9rence de ce qui deviendra l&rsquo;atonalit\u00e9 en tant que telle, Mahler reste un tonal. S&rsquo;il dissout et nie en un sens la tonalit\u00e9, il ne l&rsquo;oublie pas. N\u00e9gation ne signifie pas absence \u2014 car il faut bien quelque chose \u00e0 nier&#8230;<br \/>\nLe pas suivant de l&rsquo;Histoire de la musique est donc en toute logique l&rsquo;assomption de cette absence (par Sch\u00f6nberg et Berg, entre autres), de ce vidage de la tonalit\u00e9, longuement \u00e9cop\u00e9e par Mahler. On rentre alors dans la musique \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb, le stade classique a touch\u00e9 son but et fini son d\u00e9ploiement.<\/p>\n<p>En d&rsquo;autres termes, la musique de Mahler conclut le classique. Mais cette conclusion porte en elle les retournements et les suites possibles. Pas \u00e9tonnant de la part de quelqu&rsquo;un qui disait \u00ab\u00a0la tradition c&rsquo;est de la paresse ou de la n\u00e9gligence\u00a0\u00bb, m\u00eame si finalement c&rsquo;est la destination de la tradition de s&rsquo;annuler elle-m\u00eame et d&rsquo;engendrer des nouvelles traditions. En quoi la paresse n&rsquo;est pas de conna\u00eetre ou de suivre la tradition, mais de le faire sans le savoir et de s&rsquo;y tenir. \u00c9videmment, encore faut-il avoir quelque chose \u00e0 dire.<\/p>\n<p><em>Au risque de me r\u00e9p\u00e9ter, en ce qui concerne la 9\u00e8me, la version de Boulez (avec l&rsquo;orchestre symphonique de San Fransisco, 1998, Deutsche Grammophon) est exceptionnellement juste, je vous la recommande chaudement. Celle de Bernstein (chez Deutsche Gramophon \u00e9galement, mais attention, l&rsquo;enregistrement avec le philarmonique de New-York, pas celui de Berlin) ne d\u00e9m\u00e9rite pas non plus. Evitez Abaddo, il est tr\u00e8s bien sur les op\u00e9ras de Mozart, beaucoup moins bien avec Mahler.<\/em><\/p>\n________________________________________________\r\n<br\/><ol class=\"footnotes\"><li id=\"footnote_0_663\" class=\"footnote\">Je ne r\u00e9pondrai \u00e0 aucune r\u00e9plique \u00e0  mon propre troll ; bien \u00e9videmment il y a Vivaldi, Haydn, Beethoven, Schubert&#8230;, je sais, je sais, \u00e7a n&rsquo;est pas la question. Je veux ici porter le d\u00e9bat sur le terrain du <strong>sens de l&rsquo;Histoire<\/strong>, les amis, ouais, pas moins. Genre la n\u00e9cessit\u00e9 interne voire <em>dialectique<\/em> (tadaaaam) des \u00e9volutions de l&rsquo;harmonie et tout \u00e7a. Alors on fait moins les malins, hein ? Par ailleurs, merci de m&rsquo;\u00e9pargner le baroque, le moderne ou le contemporain, j&rsquo;ai pr\u00e9cis\u00e9 \u00e0 dessein \u00ab\u00a0musique classique\u00a0\u00bb, dans laquelle j&rsquo;inclus ce qu&rsquo;on nomme parfois la p\u00e9riode \u00ab\u00a0romantique\u00a0\u00bb du XIX\u00e8me.  [<a href=\"https:\/\/www.do-as-i-say.com\/notes\/2009\/09\/si-a-50-ans-tas-pas-ecoute-du-mahler\/#identifier_0_663\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/li><li id=\"footnote_1_663\" class=\"footnote\">Les plus perspicaces d&rsquo;entre vous auront remarqu\u00e9 que dans les gugusses cit\u00e9s il n&rsquo;y a que des allemands\/autrichiens\/prussiens&#8230; Y a pas \u00e0 dire, l&rsquo;histoire culturelle occidentale se passe beaucoup par l\u00e0, faut bien le reconna\u00eetre. [<a href=\"https:\/\/www.do-as-i-say.com\/notes\/2009\/09\/si-a-50-ans-tas-pas-ecoute-du-mahler\/#identifier_1_663\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/li><li id=\"footnote_2_663\" class=\"footnote\">Ah oui, un de mes autres vices est d&rsquo;avoir un peu lu Heidegger dans le texte, m\u00eame si c&rsquo;\u00e9tait laborieux, et si par ailleurs \u00e7a ne s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre d&rsquo;aucune utilit\u00e9 dans la vie courante. [<a href=\"https:\/\/www.do-as-i-say.com\/notes\/2009\/09\/si-a-50-ans-tas-pas-ecoute-du-mahler\/#identifier_2_663\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/li><li id=\"footnote_3_663\" class=\"footnote\">Si certains universitaires moyennement talentueux n&rsquo;avaient pas dans les ann\u00e9es 1990 r\u00e9p\u00e9t\u00e9 Hegel, enfin si surtout les \u00ab\u00a0journalistes\u00a0\u00bb avaient une vision de la culture qui commence avant 1950, l&rsquo;expression \u00ab\u00a0fin de l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb aurait ici moins de relents de propos de comptoir, mais qu&rsquo;est-ce que vous voulez ma bonne dame&#8230; [<a href=\"https:\/\/www.do-as-i-say.com\/notes\/2009\/09\/si-a-50-ans-tas-pas-ecoute-du-mahler\/#identifier_3_663\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une fois n&rsquo;est pas coutume, on ne parlera ici ni de fr\u00e8meouorque, ni de design pattern, ni de champ lexical. L&rsquo;un de mes nombreux vices, au-del\u00e0 de la bi\u00e8re, des tournures improbables et de l&rsquo;aff\u00e8terie syntaxique, consiste en un rapport visc\u00e9ral avec musique. 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