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	<title>Do as i say, not as i do &#187; argumentation</title>
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	<description>Car dire ça n&#039;est pas toujours faire, mais ça ne coûte rien</description>
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		<title>L&#8217;appel au bon sens</title>
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		<pubDate>Fri, 08 Jan 2010 07:47:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>LaurentLC</dc:creator>
				<category><![CDATA[3. Sagesse et parts de flan]]></category>
		<category><![CDATA[argumentation]]></category>
		<category><![CDATA[bon sens]]></category>
		<category><![CDATA[méthodologie]]></category>
		<category><![CDATA[rationalité]]></category>

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		<description><![CDATA[
Ça fait quelque temps que je fomente cette note. A force d&#8217;entendre répéter ça et là que telle ou telle chose n&#8217;est qu&#8217;une question de bon sens, et malgré des années de sommeil (pas si dogmatique), j&#8217;ai fini par remâcher quelques vieilles dispositions anti-cartésiennes dont je vais vous abreuver pas plus tard que tout de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-1025" style="border: 1px solid black;" title="Le discours de la thodemé" src="http://www.do-as-i-say.com/notes/wp-content/uploads/200px-Descartes_Discours_de_la_Methode1.jpg" alt="Le discours de la thodemé" width="128" height="128" /></p>
<p>Ça fait quelque temps que je fomente cette note. A force d&#8217;entendre répéter ça et là que telle ou telle chose n&#8217;est qu&#8217;une <em>question de bon sens</em>, et malgré des années de sommeil (pas si dogmatique), j&#8217;ai fini par remâcher quelques vieilles dispositions anti-cartésiennes dont je vais vous abreuver pas plus tard que tout de suite.</p>
<p>Car oui, s&#8217;il n&#8217;a bien évidemment pas inventé le <em>bona mens</em>, c&#8217;est notre ami Descartes qui installe le &laquo;&nbsp;bon sens&nbsp;&raquo; comme le fourre-tout le plus prospère de l&#8217;histoire de la pensée (occidentale) moderne.</p>
<p><span id="more-1018"></span>La première phrase du premier chapitre de la première partie du fameux/fumeux <em>Discours de la méthode</em> assène anéfé sans autre forme de procès que, selon la formule que chacun connait sans la connaitre :</p>
<blockquote><p><span>Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée </p></blockquote>
<p><span>Il ne faut pas cela dit prendre Descartes pour plus bête qu&#8217;il n&#8217;est ; son bon sens n&#8217;est pas le pur et mou &laquo;&nbsp;sens commun&nbsp;&raquo;, mais une disposition de l&#8217;esprit que chacun peut trouver, une sorte de sagesse de l&#8217;évidence (et sans mauvaise blague, Dieu sait que c&#8217;est son truc, à René, l&#8217;<em>évidence</em>).<br />
Tout comme <em>faire simple</em> est parfois plus <strong>complexe</strong> que <em>faire compliqué</em>, faire comme on dit &laquo;&nbsp;preuve de bon sens&nbsp;&raquo; n&#8217;est pas si aisé. C&#8217;est que l&#8217;évidence cartésienne est une sorte de préfiguration du résultat de la réduction phénoménologique (enfin, soyons honnêtes, ce sont les phénoménologues qui réinvestissent Descartes un peu moins de trois siècles après).<br />
Il y a le &laquo;&nbsp;bien connu&nbsp;&raquo;, trop connu, qui camoufle, comme le gros drap poilu et poussiéreux d&#8217;années de sensations non questionnées, la phénoménitude du phénomène (Ségo, sors de ce corps).</span></p>
<p><span>Mais quand même, le bon sens selon Descartes est bien à la portée de tout le monde. C&#8217;est <em>la chose du monde la mieux partagée</em>. En une phrase Descartes signe l&#8217;ouverture de la modernité, faisant d&#8217;une &laquo;&nbsp;qualité&nbsp;&raquo; inhérente à tout être humain le butoir à la régression à l&#8217;infini du questionnement philosophique : au bout d&#8217;un moment, il ne faut plus se demander pourquoi, car c&#8217;est <em>bien évident que ça n&#8217;est qu&#8217;une question de bon sens</em>. Jvous la fait à l&#8217;arrache des grands jours, bien sûr, mais l&#8217;argument ontologique<span> (qui sert de base à une preuve de l&#8217;existence de Dieu) ne vaut pas deux cacahuètes de plus.</span></p>
<h3><span>Un coup de poing sur la table</span></h3>
<p><span>Eh oui. Songes-y, toi le voyageur mystérieux (ouaip, j&#8217;ai envie de vous apostropher comme ça), si enfin il <em>suffit</em> de <em>faire preuve</em> de bon sens, il n&#8217;y a plus rien à discuter. Et si tu ne comprends pas, c&#8217;est que tu n&#8217;as pas, ou pas assez, de bon sens. Prends-toi ça dans ta face. Et si tu critiques ou te révoltes, c&#8217;est que tu ratiocines, que tu coupes les cheveux en un multiple de deux, bref, que tu es du côté de la non-clarté (oui, le &laquo;&nbsp;côté obscur&nbsp;&raquo;, ça a des sortes de connotations dont je vais me passer pour ce soir), donc ferme ta mouille.<br />
En quoi le recours à l&#8217;argument, que dis-je, le coup de poing sur la table de l&#8217;invocation du bon sens, est un double geste démagogique — le bon sens est la sagesse des humbles, de la France d&#8217;en bas, pas des intellos parisiens </span><span>— </span><span>et autoritariste : c&#8217;est en fait un ordre impératif de se taire.</span></p>
<p><span>Comprenons-nous bien : je force le trait, comme souvent, pour donner de la chair au propos. Je reconnais tout à fait, je l&#8217;ai évoqué plus haut, la difficulté de la simplicité, et j&#8217;admets qu&#8217;on a souvent tendance à faire d&#8217;emblée compliqué. Je suis assez d&#8217;accord pour mettre la sagesse du côté du <em>moins</em>, ou plutôt du <em>kairos</em>, de la juste mesure, quoi (à strictement parler, le saisissement du bon moment, qui est un art délicat). Et je sais bien que Descartes n&#8217;aurait pas complètement dit le contraire, mais j&#8217;aime bien l&#8217;avoiner, car sous maint aspect il nous a bien plombé. Enfin ça n&#8217;est pas l&#8217;objet.</span></p>
<p><span>Et le <em>bon sens</em>, alors ? Je n&#8217;ai rien contre le bon sens. Quelque soit ce qu&#8217;on entend par là, presque. C&#8217;est plus son invocation, utilisée comme stratagème rhétorique, qui a tendance à me rendre un tantinet suspicieux. </span></p>
<p><span>Ce sera donc le conseil du jour : tout comme quand vous entendez parler de <a href="/notes/2009/08/le-carreleur-et-le-developpeur/" target="_self">carreleur</a>, chaque fois que soudain un <em>appel au bon sens</em> surgit, entendez-le bien, mais ne vous faites pas moucher. <strong><br />
Le bon sens n&#8217;est pas un argument en soi.</strong> Et surtout : il ne va pas de soi (normal, sinon on n&#8217;aurait d&#8217;ailleurs pas à y faire appel&#8230;), donc son irruption dans un discours ne doit pas mettre fin à toutes les questions.<br />
En fait, il ne vaut pas plus qu&#8217;un coup de poing sur la table. Alors ok, un coup de poing sur la table, des fois c&#8217;est utile, mais il faut savoir où on est et ne pas prendre ça pour un argument.<br />
Or, on peut être intimidé par les coups de poing, mais on a toujours le droit de demander des arguments.<br />
</span></p>
<p><span><br />
</span></p>
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